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PRIX DE LA JEUNE POÉSIE 2012
Justine GROSPERRIN
Premier Prix classe de Seconde (FRANCE)
Lycée Pasteur de Besançon.

Dernière mise à jour le samedi 16 juin 2012

« Voyage intérieur »


J'ai le souvenir d'avoir vu, le souvenir d'avoir entendu.
Le souvenir d'avoir senti, ressenti, écouté, appris,
Touché, aimé, blessé, menti en disant parfois vrai.
J'ai le souvenir d'avoir rêvé aussi,
D'avoir beaucoup écrit.
La Mémoire est une pièce secrète où j'ai aimé m'enfermer
Tel Barbe Bleue et la chambre de son âme;
Une chambre remplie de sons, de couleurs,
De formes diversifiées, de saveurs,
De rouge et de noir, d'amour, de peur, de déceptions, d'espoirs.
La Mémoire est musique, peinture, elle transporte de nombreux bruits,
Elle est aussi lumière, beauté, colère,
Ressentiment, elle est dotée d'un pouvoir destructeur si grand,
Mais la mémoire est certaine, elle ne ment pas.
Elle ne ment jamais, mais elle peut déformer...
Je me rappelle...
J'ai le souvenir d'avoir oublié,
De m'être perdue.
J'ai le souvenir de m'être questionnée sur la nature Humaine,
D'avoir tenté de fermer les yeux sur sa laideur.
Je me souviens m'être indignée, révoltée, insurgée,
D'avoir hurlé, arraché, abîmé, déchiré,
Jugé injustement, triché, dénoncé également.
La mémoire est dangereuse, vicieuse, sournoise,
Elle saigne, elle est une tâche rouge couleur sang s'épanouissant sur le marbre
Blanc d'une joue,
Elle souffre;
La mémoire est sédentaire comme le disait le grand Proust,
Elle est ancrée en nous, aussi légère qu'une plume.
La mémoire est infinie.
Je me souviens m'être demandée
« S'il n'y a plus de Mémoire, existe-t-il encore d'Identité ? »
« S'il n'y a plus d'identité, que reste-t-il alors à l'Être ? »
La mémoire est notre entité, notre source, notre archive intérieure;
Elle est une horloge, avec son aiguille tranchante et son cadran doré,
Une plaine aride,
Un lieu d'exil où nous ressourcer;
Un fouillis de vieilles choses souvent démodées, avec des milliers de tiroirs
Remplis de notre histoire.
J'ai le souvenir d'avoir festoyé,
D'avoir bu, mangé plus que mon ventre ne pouvait contenir,
D'avoir trébuché en fin de soirée,
D'avoir bien vécu en somme aux dépens de mes parents
Qui m'ont toujours assuré mon petit luxe.
J'ai le souvenir d'avoir souri et de m'être amusée de mon propre ridicule;
J'ai le souvenir d'avoir senti mon cour se serrer
Lorsque j'ai vu des hommes dormir à même le sol, fatigués d'être nomades,
Dans le grand froid de l'hiver avec à leurs côtés
Leurs chiens faméliques, maigres, affamés;
Le souvenir d'avoir eu malgré moi quelque pitié
Puis de la fureur qui s'adressait à cette bien triste condition.
De cela ma mémoire a tout retenu,
À inscrit en lettres de feu le mot « misère » dans mon esprit.
Je voudrais effacer, brûler ces dossiers, retirer de sous mes paupières
Ces images désolantes,
Oublier cet écho qui me crie « fatalité ».
J'ai le souvenir d'avoir connu des enfants battus, des femmes aimantes aussi,
De belles personnes en réalité dont les cris m'ont meurtrie;
J'ai le souvenir d'avoir peu agi mais beaucoup discuté.
Je me souviens d'avoir tenté d'écrire et de n'avoir pu finir
Aucune histoire.
Ma mémoire aurait pourtant pu être blanche page,
Ma plume ou bien mon encrier;
Elle aurait pu être mon inspiration, flanquée de quelque imagination,
Sans doute aurait-elle pu m'apporter satisfaction.
Je me souviens avoir voulu un jour rendre fières les personnes qui me sont chères.
Je me souviens avoir promis de toujours tenir mes promesses,
Celles que j'ai faites à autrui, celles que je me suis faites à moi-même;
J'ai le souvenir d'avoir prétendu être toujours sincère.
J'ai le souvenir d'avoir décidé d'être assidue dans mon apprentissage,
D'être correcte avec autrui en tout temps.
La mémoire me fait défaut à présent, son visage m'effraye,
Face à elle je ne suis qu'une enfant devant un masque de prédateur.
Je ne suis qu'une enfant, et j'ai le souvenir d'avoir eu la prétention de dire « non ».

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